Depuis quelques jours, nous surveillions Fougère et
Greatlady, deux vaches proches du vêlage.
Quelques explications préalables :
- nos vêlages se font tous dehors, qu’il pleuve, vente ou neige parce que nous n’avons plus de place en bâtiment et parce que le champ nous semble un espace beaucoup plus sain que la stabulation.
- les noms de nos vaches peuvent paraître prétentieux, mais nous essayons de mettre la filiation dans le nom ; il y a par exemple une lignée sur Harry Potter, toutes descendantes de Vif d’Or et Greatlady est fille de Darklady, elle-même fille de Blackbeauty.
La mamelle se
développait de plus en plus et elles se « cassaient », c'est-à-dire
que les ligaments autour de la queue se détendaient fortement. Nous passions
matin et soir faire le point. Puis, est venu un moment où on s’est dit que le
vêlage allait se faire dans les 24
heures et là on est passé matin, midi et soir.
Le samedi matin, j’ai vu que Fougère avait des contractions
et le midi, un veau était couché à ses côtés. Je l’ai appelé Pathé Marconi, car
c’est un mâle, donc nous allons le vendre, et il a de grandes tâches noires autour
des yeux.
Le samedi soir, vers 22 heures, Greatlady avait à son tour des contractions. Comme c’est son premier veau, il fallait assurer la surveillance. Donc réveil sur minuit.
A minuit, sortir du lit n’est pas un plaisir…Voiture, lampe
torche et on y va.
Dans le champ, la vache a changé de place, je mets quelques temps à la retrouver.
J’approche à 5 mètres, et là, hop, elle se lève, pas
possible d’approcher. Mais j’ai pu voir les onglons sortis : il y a bien
deux pattes et précisément des pattes avant. A elle de travailler seule
puisqu’elle ne veut pas d’aide et que tout se présente bien. De toute façon,
quand on ne voit que les onglons, c’est trop tôt pour intervenir. Il faut
laisser le travail se faire.
Après deux heures de sommeil, me voici de retour. Elle a
encore bougé et est allée se coincer dans un léger dénivelé correspondant à la
raie de labour. Quand j’approche, elle bat des pattes, mais sans pouvoir se
redresser. Le museau du veau est sorti, mais pas les yeux.
La langue pend, violette, il est temps d’intervenir. La
vache autant que le veau peuvent souffrir ; il faut en finir. Je mets les
cordelettes sur les pattes et exerce une tension constante.
Je ne dis pas « poussez ! poussez ! »,
mais c’est tout comme.
La brave Greatlady pousse vaillamment et je dois aussi
l’aider vaillamment.
La tête sort enfin, mais il faut continuer à tirer jusqu’à
la sortie du veau car il est assez gros.
Bon, une fois sorti, je frotte le veau avec une poignée de
foin, il secoue et redresse la tête.
Tout va bien. J’essaie de redresser Greatlady pour qu’elle
se remette sur ses pattes avant. Impossible.
Retour à la maison, je réveille Sylvie et nous repartons en
tracteur.
Cette fois, ce sont les pattes de la vache que nous
attachons et nous tirons doucement sur 50 cm pour la sortir du trou.
C’est après que c’est délicat, il ne faudrait pas qu’elle se
relève avant que nous ayons enlevé les cordes de ses pattes. Mais, elle est
douce, nous lui tenons la tête et elle attend sagement d’avoir les pattes
libres pour se mettre debout et aller lécher son veau.
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Irishlady bien au chaud quelques jours plus tard |
C’est une femelle : elle s’appellera Irishlady.
Quand à nous, il est 3h du matin, nous allons essayer de
faire une tranche de sommeil de 3 heures.
La vie continue indépendamment de toute l’agitation
politico-médiatique.
A chacun ses folles nuits ! Pourquoi les nôtres ne
captivent-elles pas les paparazzi ?
De Marcel , paysan à Notre Dame
Une belle histoire pleine d'émotion! :)
RépondreSupprimerMagnifique sa s est la vrai vie ! Et non les avions pour trimballer les gens a l autre bout du monde en manque d exotisme !!!!
RépondreSupprimerau moins deux petits veaux qui sont nés dans la nature, espérons que çà continue. Bravo et courage.
Supprimermerci pour votre témoignage de vie et de travail ("tous des fainéants" qu'ils disent les autres pôv'types pro-aéro...). ça me rappelle quand j'allais, gamin, aider mon grand-père au vêlage des bêtes. Bienvenue à Pathé Marconi et à Irishlady!
RépondreSupprimerMerci pour ce récit, les naissances sont toujours tellement émouvantes.
RépondreSupprimerPuisse l'aéroport ne pas se faire et les nouveaux-nés vivre longtemps dans le bocage
Marcel,J'ai aidé comme vous au vêlage,( avec des cordes) quand, j 'étais enfant chez mon grand père et cela me rendait heureux de voir, ce petit veau mal assuré sur ses pattes,prendre son équilibre assez rapidement.Avec l 'impression d'avoir fait une grande action.Pour ce qui est des paparazzi,ils ne se complaisent que dans la fange...Merci pour votre résistance, j 'admire la votre et celle de tout ceux qui s'activent. J 'ai lu, je ne sais plus, où ,que tout ceux qui résistent sont comme des moustiques,enfermez vous avec un moustique pour dormir et voyez qui au matin a gagné.Et perso, j 'ajoute que même si vous prenez une bombe anti moustiques c'est pas sûr que cela soit bon pour votre santé ....Amicalement.
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